Synesthésie forte et faible




Nous associons tous certaines couleurs à certains concepts, certaines formes à certains sons plutôt qu'à d'autres. Dans une certaine mesure, nous éprouvons tous des associations intermodales, dépendant de la situations et de notre état. Peux-t-on les appeler "synesthésie" pour autant?

Chacun d'entre nous est sujet à certaines formes de synesthésie dites "faibles". Des associations intermodales peuvent se produire naturellement, et souvent sous l'effet de substances exacerbant les sensations et altérant leurs relations. Ainsi, il arrive à certains de planer littéralement à l'écoute d'une musique, de se sentir transporté à la vue d'une oeuvre d'art... ou tomber dans les dangereux délices d'une substance psychotrope...

Culturellement, nous avons adopté certaines associations, dont une est souvent prise en exemple, sous le nom d'effet Bouba-kiki :

Si l'on présente deux objets, l'un, sphérique, l'autre, conique et pointu, et que l'on demande : "L'un des deux objets s'appelle Kiki, l'autre, Bouba, à votre avis, quel nom appartient à quel objet?"

98% des sujets interrogés répondent que le cône pointu est Kiki, la sphère, Bouba. Il semble qu'inconsciemment, nous associions un son plutôt doux à un objet de forme également douce, et à l'inverse, nous aurions presque tendance à dire que l'objet conique est plus susceptible d'avoir un nom "pointu" comme nous semble l'être le son "Kiki".

Un autre excellent exemple de synesthésie faible commune à tous les hommes, et indépendante de la culture : les associations synesthésiques musique-couleur et émotions, mises en évidence en 2013.

Des phénomènes synesthésiques peuvent également survenir lors d'état de fatigue ou de somnolence, on parle parfois de synesthésie d'endormissement. Il est probable que nombre d'entre nous ayons vécu de telles associations de sens, par exemple, une porte qui claque ou un bruit intense, et sec, peut provoquer une impression de flash lumineux si l'on se trouve en phase de sommeil léger.

Les synesthésies provoquées par les états de fatigue ou sous l'emprise de substances psychotropes, sont dites "synesthésies faibles", par opposition à l'état permanent et perceptivement plus réel des associations synesthésiques "vraies".

Quand à la rèverie éveillée et les associations de sens artistiques... La frontière entre la synesthésie et une perception rêveuse est floue, il est probable qu'existent des "degrés" d'intensité de synesthésie. Les expériences actuelles utilisant des outils comme les effets de Stroop permettent toutefois de discriminer les vrais synesthètes. Aucune certitude toutefois, concernant les "degrés d'intensité synesthésique", ceux-ci n'ayant à notre connaissance pas fait l'objet d'études spécifiques.