Les synesthésies son-couleur - audition colorée, chromesthésie, musique-couleur?




La synesthésie Son-couleur (également appelée synopsie, audition colorée, chromesthésie...) est une forme de synesthésie pour laquelle la perception de sons provoque d'inhabituelles expériences colorées, de manière automatique et involontaire. Ces expériences additionnelles sont conscientes et spontanées. La proportion de synesthètes son-couleur semble plus élevée dans certains milieux spécifiques tels que les artistes musicaux.


La synesthésie son-couleur désigne en fait plusieurs formes de synesthésies, dans la mesure ou existent plusieurs caractéristiques du son susceptibles d'être associées à des expériences colorées : le timbre, la musique, les sons de base, la tonalité. Certaines de ces synesthésies spécifiques peuvent se présenter seules et semblent conséquemment indépendantes les unes des autres. Pour cette raison, la synesthésie son-couleur est plutôt considérée comme le nom d'une catégorie de synesthésies, comme le sont les synesthésies émotionnelles.

Caractéristiques individuelles

Les associations de sons et de couleurs sont hautement spécifiques et idiosyncrasiques, et sont également constantes à travers le temps (Head, 2006, Cytowic et al, 2009). Toutefois, certaines caractéristiques des sons semblent partagées entre synesthètes et non-synesthètes*, et indépendantes de la culture, notamment. Par exemple, les sons aigus sont régulièrement associées aux couleurs vives et brillantes, les sons graves et de basse tonalité, aux couleurs sombres.


Comme dans le cas de nombreuses autres formes de synesthésie, l'expérience de couleur peut-être vécue de façon différente : la couleur semble projetée sur la scène visuelle, ou bien, elle est ressentie comme intérieure à l'esprit. Pour la plupart, il s'agira d'une conjugaison de ces deux conditions.

De nombreuses caractéristiques spécifiques des stimulations perceptives auditives peuvent être associées à des couleurs. Certains synesthètes n'expérimentent la couleur qu'avec des sons de langage, d'autres, seulement des sons musicaux, d'autres encore, tous les sons entendus. De plus, les caractéristiques des sons pour des synesthètes de condition similaire peuvent varier. Par exemple, 40% des synesthètes langage-couleur rapportent que le timbre de la voix, l'accent ou la prosodie (la "mélodie" du langage) influencent la couleur synesthésique, mais pas la vitesse ni le volume (Van Leeuwen, 2012). Ces conditions peuvent être également influencées par le degré de fatigue, les substances psychotropes... Mais semblent particulièrement robustes et difficiles à ignorer. La majorité des synesthètes son-couleur apprend donc à vivre avec tout au long de leur vie.

L'association bidirectionnelle (couleur>son et son>couleur) est rare mais il est intéressant de noter que les associations peuvent être différentes d'un passage à l'autre : une couleur va donner l'expérience d'un son, mais l'écoute de ce même son pourra donner l'expérience d'une autre couleur.

Modèles cognitifs et bases neurales

Dans la mesure ou les associations son-couleur (particulièrement musique-couleur) semblent communes et peuvent être induite par des substances psychotropes (synesthésies artificielles), certains auteurs (Ward, 2006) ont proposé que les mécanismes de cette synesthésie reposent sur les réseaux déjà existant dans le cerveau normal et liant les aires auditives à celles de la vision.

Bien que la génétique semblent intervenir dans les synesthésies (proportion familiale accrue), les mécanismes héréditaires sont encore peu compris. La synesthésie peut sauter une génération, elle peut également être présente chez un et un seul de deux jumeaux homozygotes, suggérant que l'environnement et le développement influencent l'apparition des synesthésies. Les deux principales théories neuro-cognitives de la synesthésie tente de l'expliquer :

La théorie des activations croisées repose sur l'observation à l'imagerie cérébrale, de la proximité des régions prenant en charge le traitement des couleurs réelles et synesthésiques. Comme pour d'autres formes de synesthésie, les synesthètes sons-couleur présentent une activation rapide, après l'écoute d'un signal sonore, des aires dédiées au traitement de vision et précisément de la couleur (V4, notamment). La rapidité d'activation suggère un lien direct, par exemple avec un renforcement des faisceaux des structures primaires de l'intégration du son vers les structures de l'intégration visuelle (Specht, 2012).

La théorie du feedback désinhibé propose que l'activation croisée soit essentiellement due à la désinhibition des rétroactions (présentes dans le cerveau de non-synesthètes, mais normalement inhibées) entre les aires auditives et visuelles. Elle supporte la constatation selon laquelle de telles synesthésies peuvent être aisément induites, et soient présentes sous forme modérée, chez tout un chacun. Elle supporte également l'observation selon laquelle des lésions cérébrales (par exemple, des faisceaux rétino-corticaux) peuvent également induire une synesthésie son-couleur.

Additionnellement, le cortex pariétal semble jouer un rôle dans l'intégration des deux sensations, puisqu'il s'active lors de la perception (réelle) auditive et  (synesthésique) visuelle, d'autant plus que le synesthète se focalise sur la perception visuelle induite. Il semble ainsi intervenir pour lier les deux perceptions en une représentation commune de la scène auditive et visuelle.